
De Barcelone aux montagnes du Japon, Sam Roy a construit sa vie autour du vélo, du voyage et des rencontres humaines. Nous avons discuté avec lui d'aventure, de communauté et de ce qui fait un vélo sur lequel on peut compter lorsque la route nous mène loin de chez soi.
Il y a des gens qui voient le vélo comme un moyen de se dépasser. D'autres comme un moyen de découvrir le monde. Pour Sam Roy, c'est les deux.
Originaire de Montréal, aujourd'hui installé à Barcelone, Sam passe une bonne partie de son année à guider des voyages à vélo aux quatre coins du monde. Des routes isolées de Mongolie aux montagnes du Japon, il poursuit les aventures avec la même curiosité : aller à la rencontre des paysages, des cultures et des gens.
Nous avons profité de son passage au Japon avec le B01 pour discuter de son parcours, de ses destinations préférées, de la communauté, de ce qui rend un vélo fiable lorsqu'on part loin… et de tout ce qui se passe entre deux coups de pédale.

Tu as grandi à Montréal, tu vis à Barcelone et tu passes une bonne partie de l’année à guider des voyages partout sur la planète. À quel moment as-tu réalisé que le vélo allait devenir bien plus qu’un simple sport dans ta vie?
Depuis que je suis tout petit, je dis que si j’avais un super pouvoir, ce serait de voler. Honnêtement, le vélo, c’est ce qui s’en rapproche le plus. Chaque fois que je roule, j’ai un immense sentiment de liberté qui me fait vibrer. Il y a aussi tout le côté humain : la communauté du vélo est vraiment spéciale.
Ma passion a commencé avec mon premier vélo Miele, jaune avec des flammes, qui m’a fait vivre mes premières aventures. Ensuite, tout s’est fait naturellement. Je vis ma vie en suivant et en confiant en mon intuition et elle m’a amené vers les bonnes rencontres, les bonnes opportunités et, tranquillement, vers une vie où le vélo est devenu bien plus qu’un sport. Aujourd’hui encore, je continue de suivre ce momentum.
Après avoir roulé sur plusieurs continents, quel est le pays ou la région qui t’a le plus surpris à vélo? Pas nécessairement le plus beau, mais celui qui ne ressemblait pas du tout à ce que tu imaginais.
Je dirais l’Asie centrale, particulièrement la Mongolie, le Kirghizstan et le Tadjikistan. J’en avais entendu beaucoup de bien, mais la réalité a dépassé mes attentes. Pour moi, c’est le terrain de jeu parfait pour le bikepacking : des paysages incroyables, des gens extrêmement chaleureux et un immense sentiment d’aventure.
La Mongolie, entre autres, possède un réseau pratiquement infini de chemins de gravelle qui permet de rouler dans toutes les directions. C’est une sensation de liberté assez unique. Je recommande vraiment d’aller rouler la Pamir Highway, entre le Kirghizstan et le Tadjikistan, le plus tôt possible, avant qu’elle ne soit complètement asphaltée et qu’elle devienne un axe très achalandé pour le transport entre la Chine, le Moyen-Orient et l’Europe.

Comme guide, tu vois les gens vivre des moments forts chaque semaine. Est-ce qu’il y a une histoire ou une rencontre qui te revient souvent en tête quand on te demande pourquoi tu fais ce métier?
Pour moi, les plus beaux moments sont toujours liés aux rencontres avec les locaux. Il y en a une qui me revient constamment en tête. C’était au Soudan, en 2019, près de Dongola. En roulant, deux jeunes m’ont fait signe de m’arrêter et, après quelques minutes à discuter, ils m’ont invité à dîner chez eux.
Sur le coup, je me suis demandé si je devais leur faire confiance. Puis je me suis dit : « c’est exactement pour ça que je voyage. » On a marché une vingtaine de minutes, les pieds dans le sable, à travers le désert avant d’arriver dans leur petit village, où leur mère nous a préparé un repas traditionnel extraordinaire.
Pendant le repas, j’ai eu une conversation incroyable avec ces deux frères. Ils m’ont parlé de leur quotidien, de leur foi et de ce que l’islam représentait pour eux. Ça m’a vraiment ouvert les yeux et permis de comprendre une réalité que je ne connaissais pas, loin des préjugés et des images qu’on peut avoir de l’extérieur.
À la fin, je voulais remercier leur mère, mais au Soudan, où la culture musulmane est très conservatrice, je ne pouvais pas la rencontrer en personne. Je l’ai remerciée de l’autre côté du mur de la cuisine.
Je suis reparti de là avec le cœur rempli, en me disant une fois de plus que c’était exactement pour ça que je voyage : pour ces rencontres spontanées, pour dire oui aux opportunités et pour grandir à travers des échanges humains qu’on ne pourrait jamais planifier.
Barcelone est reconnue pour sa culture vélo, mais qu’est-ce que la ville t’a appris sur la vie en général? Y a-t-il une habitude ou une mentalité espagnole que tu aimerais importer au Québec?
Ce que j’aime le plus de la vie à Barcelone, c’est le sentiment de communauté. J’ai vraiment l’impression que c’est un endroit où les gens vivent par choix, autant les locaux que les étrangers, et ça se ressent. Peu importe ton intérêt, il y a une communauté qui partage cette passion et qui organise des activités autour de celle-ci.
Ce qui rend cette ville vraiment spéciale pour moi, c’est que j’y retrouve une communauté de gens qui choisissent intentionnellement de sortir un peu de la norme et de construire une vie alignée avec leurs valeurs et leurs passions. Ça me fait du bien de me sentir compris et connecté à des gens qui voient la vie un peu de la même façon que moi, surtout dans le contexte où j’ai choisi un style de vie assez alternatif.


Tu es actuellement au Japon. Quelle est la chose la plus fascinante que tu as observée là-bas qui n’a rien à voir avec le vélo?
Une de mes choses préférées au Japon, c’est la culture de la qualité. J’ai l’impression qu’ici, les gens s’appliquent vraiment dans tout ce qu’ils font. Tout semble être fait avec soin, intention, amour et même un certain sens de l’honneur. Que ce soit les objets, les bâtiments, la nourriture ou les services, on ressent un souci du détail et une recherche de qualité que je n’ai jamais observés ailleurs.
Comme je suis passionné par le travail du bois, je le remarque particulièrement dans l’architecture des temples, des ryokans et des bâtiments traditionnels. Le niveau de précision et de savoir-faire est impressionnant. Il y a une pureté dans l’exécution qui me fascine, et cette même attention aux détails se retrouve aussi dans la cuisine et dans le quotidien en général.
Quand tu pars plusieurs semaines avec un seul vélo et que tu dois lui faire confiance tous les jours, quels sont les détails qui deviennent vraiment importants?
Quand je pars plusieurs semaines avec un seul vélo, ma réalité, c’est que je traverse souvent des environnements complètement différents. J’ai donc besoin d’un vélo qui est non seulement performant, mais surtout polyvalent. Un vélo qui est rapide et confortable sur l’asphalte, mais qui est aussi capable d’en prendre quand je suis chargé, que je roule sur de longues sections de gravel ou même en singletrack.
L’autre aspect essentiel, c’est la fiabilité. Je me retrouve souvent très loin d’un bike shop ou de toute ressource pour réparer mon vélo. J’ai donc besoin d’un vélo sur lequel je peux vraiment compter, un vélo de qualité qui me permet de rouler l’esprit tranquille, peu importe où l’aventure m’amène.


Tu roules le B01 pendant ce voyage. Y a-t-il eu un moment précis au Japon où tu t’es dit : « OK, c’est exactement pour ce genre d’aventure que ce vélo a été conçu »?
Honnêtement, ça s’est passé dès le début du voyage. Dès que j’ai vu le B01 monté avec les sacs de bikepacking et que j’ai roulé mes premiers kilomètres, j’ai eu un bon feeling. J’étais super confortable sur les gros pneus de gravel, mais en même temps, je retrouvais cette sensation de légèreté et de réactivité que j’aime sur mon vélo de route.
C’est à ce moment-là que je me suis dit que j’avais le bon outil pour cette aventure. Un vélo assez polyvalent pour m’accompagner partout, sans jamais me donner l’impression de faire un compromis, peu importe le terrain qui m’attend.


